Le Fatah el-Islam est issu du Fatah-Intifada, groupe prosyrien issu du Fatah. Ayant déjà opéré en Syrie, celui-ci pourrait être derrière l'attentat des deux bus du Metn en février 2007, ou derrière des tentatives d'attentats dans le quartier chiite de
Beyrouth. Quoi qu'il en soit, le Fatah el-Islam, et ça c'est sûr, est responsable de la mort de 33 militaires libanais.
La question qui semble être fondamental est qui se cache derrière ce mouvement ?
Tout de suite, on accuse la Syrie. Non pas par logique, puisque la Syrie est un état laïque et trop proche du Liban pour prendre le risque d'armer des proches d'Al-Qaïda. Mais parce que dès
qu'il y a quelque chose, c'est forcément la méchant syrien. Il est évident que si le Liban est en danger, la Syrie l'est aussi, et réciproquement. Le Fatah el-Islam est bien issu d'un groupe
prosyrien, mais c'est également pour se détacher de l'emprise syrienne qu'il y a eu scission. Pire encore, le Fatah el-Islam est accusé de plusieurs attentats en Syrie. De plus, un des
principaux adjoints du leader du mouvement Chaker Absi, Abou Laith, a été tué par les forces de l'ordre syrienne à la frontière irakienne. Déjà, la Syrie a confisqué des armes en provenance
d'Al-Qaïda irakien, s'en doute à destination du nouvel Al-Qaïda libano-palestino-syrien, ce Fatah el-Islam.
Donc tout laisse à penser que Fatah el-Islam est le nouveau nom du d'Al-Qaïda Machrek. Le Fatah est à l'origine un mouvement palestinienne, créé entre autres par Yasser Arafat et Mahmoud Abbas
; se voulant indépendant, ce mouvement n'a accepté, contrairement au FPLP par exemple, que des palestiniens. Pourtant, l'armée a arrêté des membres du Fatah el-Islam, la dérivée seconde du
Fatah, qui sont de nationalités diverses : palestiniens, libanais, syriens, mais aussi saoudiens et yéménites ; ce qui montre que le Fatah el-Islam n'est pas réellement un "mouvement
palestinien", mais plutôt un "mouvement islamiste" qui a pour objectif principal de s'occuper du dossier Palestine.
Mais voilà que le journaliste américain Seymour Hersh nous dit que le gouvernement Siniora a aidé les miliciens sunnites (voir l'article). Bien sûr, il est impensable de croire que le premier ministre Siniora et sa bande aient voulu ce qui se passe aujourd'hui au Liban, mais comme l'explique
Hersh, le shéma est le même qu'en Afghanistan dans les années 80, et que là encore, "nous n’avions rien appris". Déjà, la polémique avait éclaté lorsqu'on appris que Bahia Hariri, soeur du
défunt Rafic Hariri, et membre de ce mouvement pro-américain du 14 mars, offrait de l'argent à de jeunes délinquants palestiniens dans le camp de Ein el-Hilweh à Saïda, on comprend mieux
pourquoi. On pourrait même se demander si ce n'est pas Fatah el-Islam, ou un autre groupe de fondamentalistes sunnites, qui serait à l'origine des coups de feu tiré lors des manisfestations de l'opposition en janvier.
Rafaël M.
Seymour Hersh a donné sur CNN sa lecture des causes qui ont mené aux évènements actuels à Tripoli. Rappelant les confidences qu’il a recueilli auprès des membres de l’administration au
Liban, il affirme que Fatah Al Islam a été toléré, sinon
armé et financé, par le gouvernement Siniora, avec le
soutien et la bénédiction des USA et du Prince Bandar d’Arabie Saoudite, qui voyaient dans cette organisation une force capable, le jour venu, de lutter contre le Hezbollah.
HALA GORANI (CNN) : Le journaliste d’investigation Seymour Hersh a relaté en mars dernier qu’afin de combattre le Hezbollah, le gouvernement libanais soutenait un groupe de militants
sunnites, celui-là même contre lequel il se bat aujourd’hui. Seymour nous parle depuis Washington.
Quelles sont les sources de financement de ces groupes, comme par exemple le Fatah Al Islam dans ce camp de Nahr el Bared ? Où se procurent-ils l’argent et les
armes ?
SEYMOUR HERSH : L’acteur clé est l’Arabie Saoudite. Ce que j’ai décrit dans mon article, était une sorte d’accord privé passé entre la Maison Blanche - nous parlons de là de Dick Cheney et
Elliott Abrams, l’un des conseillers majeurs à la Maison Blanche - et [le Prince] Bandar [d’Arabie Saoudite]. L’idée était d’obtenir un soutien, un soutien secret, des Saoudiens, pour aider
différents groupes extrêmistes jihadistes, des groupes sunnites, en particulier au Liban, qui seraient des ressources en cas de confrontation avec le Hezbollah. C’est aussi simple que ça.
Gorani : Le gouvernement Siniora, dans le but de contrer le Hezbollah au Liban financerait selon vous des groupes comme le Fatah Al Islam avec lequel ils ont un problème
maintenant ?
Hersh : Ce sont des conséquences imprévues, à nouveau, oui.
Gorani : Si l’Arabie Saoudite et le gouvernement Siniora agissent ainsi, que [le résultat] soit imprévu ou non, les USA doivent avoir quelque chose à dire à ce
sujet ?
Hersh : Les USA étaient profondemment impliqués. C’était une opération secrète que Bandar menait avec nous. Souvenez vous comment nous sommes intervenus dans la guerre d’Afghanistan, par
un soutien à Ossama Ben Laden, aux moujahidines des années 1980, avec Bandar et avec des gens comme Elliott Abrams qui s’en occupaient. L’idée était que le Saoudiens nous avaient promis qu’ils
pourraient contrôler les jihadistes, donc nous avons consacré beaucoup d’argent et de temps à la fin des années 1980, à utiliser, à soutenir les jihadistes pour combattre les russes en
Afghansitan, mais il se sont retournés contre nous.
Et nous avons le même schéma, comme si nous n’avions rien appris. C’est le même schéma utilisant à nouveau les Saoudiens pour soutenir les jihadistes, avec les Saoudiens qui nous assurent
qu’ils peuvent contrôler ces différents groupes, comme celui qui s’oppose au gouvernement à Tripoli en ce moment.
Gorani : Les moujahidines des années 1980 sont une chose, mais pourquoi serait-ce dans l’intérêt des USA en ce moment de renforcer même indirectement ces mouvements
jihadistes, qui sont des extrêmistes, qui se battent jusqu’à la mort dans ces camps palestiniens ? Est-ce que cela ne va pas contre les intérêts du gouvernement Siniora, mais aussi des USA
et du Liban ?
Hersh : L’ennemi de notre ennemi est notre ami, comme les groupes jihadistes du Liban étaient là pour s’en prendre à Nasrallah. Le Hezbollah, souvenez-vous, a battu Israel l’année
dernière, que les israeliens le reconnaissent ou pas. Donc le Hezbollah est une menace majeure pour les USA. Le rôle des USA est très simple, Condoleezza Rice l’a exprimé trés clairement. Nous
sommes engagés à soutenir les sunnites partout où nous le pouvons contre les chiites, contres les chiites d’Iran, contre les chiites du Liban, comme Nasrallah. C’est une guerre civile. Nous
sommes engagés dans certains pays - le Liban en particulier - dans la violence confessionnelle.
Gorani : L’administration Bush, bien sûr serait en désaccord avec cela, comme d’ailleurs le gouvernement Siniora, qui désigne la Syrie, affirmant que le Fatah Al Islam est
une branche issue d’un groupe Syrien, qui obtient ses armes de la Syrie.
Hersh : C’est un question à laquelle il faut répondre. Si c’est vrai, la Syrie qui est très proche du Hezbollah - et qui est fort critiquée par l’administration Bush pour cela - serait
également en train de soutenir des groupes salafistes [opposés au Hezbollah], alors cette logique s’effondre. Ce dont il s’agit, simplement, c’est d’un programme secret dans lequel nous avons
rejoins les Saoudiens, faisant partie d’un programme plus vaste, qui consiste à faire tout ce que nous pouvons pour mettre fin à l’expansion chiite, du monde chiite, mais nous avons été
« mordus au postérieur », comme c’est déjà arrivé par le passé.
Gorani : Mais si cela n’a aucun sens pour les syriens de soutenir [Fatah Al Islam], pourquoi cela en aurait-il un pour les USA, de les soutenir - indirectement selon vous -
en donnant un milliard de dollars d’aide - en partie militaire - au gouvernement Siniora ? Et si ces fonds sont attrribués de telle manière que les USA et le gouvernement ne contrôlent pas
ces groupes extrèmistes, alors les USA, indirectement les soutiendraient. Pourquoi donc serait-ce dans leur intérêt et que devraient-ils faire ?
Hersh : (...) A la base, c’est très simple. Lorsque j’étais à Beyrouth, conduisant mes entretiens, j’ai parlé avec des membres de l’administration qui reconnaissaient que la raison pour
laquelle ils toléraient ces groupes jihadistes radicaux, c’était parce qu’ils les considéraient comme une protection contre le Hezbollah. La peur inspirée par le Hezbollah à Washington est très
vive. Ils sont tout simplement persuadés que Hassan Nasrallah a l’intention de faire la guerre à l’Amérique. Que cela soit vrai ou non, est un autre débat. Il y a une peur terrible du
Hezbollah, et nous ne voulons pas que le Hezbollah joue un rôle actif dans le gouvernement du Liban, et cela détermine notre politique, qui soutient le gouvernement Siniora, malgré sa faiblesse
contre la coalition [de l’opposition]; pas seulement Siniora, mais aussi Aoun, l’ancien chef militaire du Liban qui est dans une coalition que nous répugnons.
Traduction de CNN
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